Stories, etc.: Letter 5: Gérard F. Robioux to Bernadette G. Robioux

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This letter is presented in its original French, with an English translation following.

Page 1 Magnifying glass

Page 1 of Gérard’s letter

  415 Riverside Drive
New York
le 12 mai 1940

Ma chère fille,

Tu dois avoir appris que la guerre est finalement arrivée en France. Ma Patrie, la Patrie de tes aïeux, est envahie. Depuis le commencement le lundi de l’attentat, on a sans cesse diffusé les nouvelles à la radio. Hier, dans les gazettes on ne parlait rien d’autre. Après l’incroyable rapidité et la réussite de la guerre éclair en Pologne l’année dernière, on craint que les jours de liberté ne soient comptés en France, mais je crois que non. Dieu est bon, je suis encouragé qu’il nous aide dans ce combat pour la bonne cause.

Ce choc m’a très affecté. Je ne peux et ne veux pas me tenir à l’écart. Il me faut retourner pour servir mon Pays et participer à la lutte. Si je ne peux pas être soldat, je m’impliquerai comme je pourrais. Bien sûr que la grande Armée Française triomphera sans mon aide, il me faut pourtant aller pour donner un coup de main à cette noble tâche. J’en ai parlé avec ta mère et nous nous sommes mis d’accord, je dois y aller. Elle, elle restera ici en Amérique. Nous avons de l’argent à la banque pour subvenir temps qu’elle trouve un gagne-pain, et j’enverrai de France tout ce que je pourrai. Tu devras t’occuper d’elle, car elle a mené, jusqu’ici, une vie tranquille, et ne saura pas comment effectuer certaines tâches qu’il faudra qu’elle réalise sans mon aide. Tu pourras lui apprendre à conduire une voiture — je sais que tu as appris à conduire, tu n’as jamais été capable de garder un secret de ton Papa — et l’assister à postuler un permis de conduire.

J’aurai le bonheur de faire un voyage sur un vaisseau qui appareillera samedi prochain. J’ai donné ma démission et le docteur Lowenstein, chef de mon Département, l’a immédiatement et aimablement acceptée. Je laisserai pour toi, quelques-unes de mes possessions, dont la montre de poche qui te faisait pouffer de rire lorsque je la balançais devant toi ainsi que ce stylo-ci que mon vieil ami, le gardien, m’a donne il y a près de dix ans, lorsque j’ai rejoint l’ensemble des professeurs ici à l’Université de Columbia. Tu te rappelles, peut-être, qu’il était tellement reconnaissant des leçons de français que je lui avais prodigués chez nous, qu’il m’a donné ce stylo. Puisque tu entreras bientôt à l’Université, tu dois posséder un très bon stylo. Je souhaitais t’offrir un joli stylo brillant, mais il faut que mon vieux Waterman en noir et argent, bien usagé qu’il est, fasse l’affaire. Et ne le donne pas à l’un de tes professeurs ! Ces objets-ci, et bien d’autres, t’attendent quand tu reviendras de l’école pour le week-end du Jour du Mémorial.

Concernant l’Université, tu dois apprendre sérieusement toutes les matières. Tu as là, une rare opportunité, tu ne dois pas la gaspiller. J’ai parlé avec plusieurs personnes d’ici, ils sont tous persuadés que l’Amérique n’entrera pas en guerre. Tu seras saine et sauve, il n’y aura que des garçons (ou dois-je dire des hommes) pour te divertir des études. Il n’a pas de mal à te lier d’amitié avec des hommes, tu auras le temps, plus tard, pour te laisser faire la cour et penser au mariage, lorsque que tu seras devenue une femme bien éduquée et mondaine.

Il est possible que je ne revienne pas de France. Ta mère ne le croit pas, mais c’est possible. Tu es suffisamment grande pour te préparer à l’éventualité de mon trépas. Tu es une fille dont un père doit être fier, et je suis très fier de toi. Si je péris sur le champ de bataille, je sais que tu t’occuperas de ta mère. Sois prudente, chère Bernadette, et prie pour moi.

  Avec amour,
Papa

  415 Riverside Drive
New York
May 12, 1940

My dear daughter,

You must have learned that the war has finally come to France. My homeland, the home of your ancestors, has been invaded. Since the beginning of the attack on Monday, they have broadcast the news endlessly on the radio. Yesterday, the newspapers had nothing else. After the incredible speed and success of the blitzkrieg in Poland last year, there is fear that France’s days of liberty are numbered, but I think not. God is good, and I am hopeful that he will help us in this battle on the side of right.

This shock has affected me greatly. I cannot stand idly by, nor do I want to. I must go back to serve my country and join in the struggle. If I cannot be a soldier, I will do whatever I can. Even though the gallant French army will prevail without my help, I must still go and lend my hand in the noble task. I have talked with your mother about this, and we are agreed that I should go. She will stay here in America. We have money in the bank to support her until she can find work, and I will send all that I can from France. You must look after her, because until now she has led a quiet life and does not know how to do many of the things that will be required of her without my help. You can teach her to drive a car — I know that you have learned how to drive, you have never been able to keep a secret from your Papa — and help her to apply for a driver’s license.

I will have the good luck to travel on a ship departing this Saturday. I have given notice, and Doctor Lowenstein, the head of my department, has accepted it immediately and kindly. I shall leave for you some of my possessions, including the pocket watch that used to make you giggle when I dangled it in front of you, and this pen that my old friend the janitor gave me ten years ago, when I joined the faculty here at Columbia University. Perhaps you remember that he was so very grateful for the French lessons I gave him at our home, that he gave me this pen. Since you are going to the university soon, you should have a really good pen. I had hoped to buy you a bright pretty pen, but my old black and silver Waterman, well worn as it is, will have to do. And do not give it to any of your professors! These and several other things will be waiting for you when you come home from school for the Memorial Day weekend.

Regarding the university, you must be sure to work hard and learn everything. You have a rare opportunity, and you must not squander it. I have spoken to several people here, and they are all confident that America will not enter the war. You will be safe and sound, there will be nothing except boys (or should I say men) to distract you from your studies. It’s all right to become friends with men, but you will have time later for courtship and marriage, after you have become a well-educated woman of the world.

It is possible that I may not return from France. Your mother does not believe it, but it is possible. You are old enough to prepare yourself for the possibility of my death. You are a daughter a father should be proud of, and I am very proud of you. If I die on the field of battle, I know that you will look out for your mother. Take care, dear Bernadette, and pray for me.

  With love,
Papa

Letter 6: Bernadette G. Robioux to Christine H. Robioux
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